L'instruction du projet d'extension de l'aéroport de Beauvais-Tillé entre dans une phase décisive. Les conclusions du commissaire-enquêteur sur le plan de modernisation et d'agrandissement porté par le concessionnaire Bellova, rendues publiques à la mi-octobre et détaillées ces derniers jours par la presse locale, viennent d'être remises au préfet de l'Oise. C'est sur la base de ce document que l'autorité préfectorale devra se prononcer sur l'autorisation environnementale du projet.
Un projet d'environ 180 millions d'euros
L'enquête publique s'était déroulée du 15 juin au 15 septembre 2026. Elle avait recueilli plus de 662 contributions, très majoritairement par voie dématérialisée, et donné lieu à deux réunions publiques organisées uniquement à Tillé, les 25 juin et 8 septembre. Le projet représente un investissement estimé à environ 180 millions d'euros selon actu.fr, le Parisien évoquant pour sa part un montant de 200 millions d'euros. Il doit permettre de moderniser la plateforme, neuvième aéroport de France avec 6,67 millions de voyageurs en 2025, et d'augmenter le trafic d'environ 15 % d'ici 2033.
Le seuil de 45 000 mouvements en question
Dans son rapport, le commissaire-enquêteur Augustin Ferté s'arrête sur un point sensible : le plafond de 45 000 mouvements annuels « n'est pas intégré dans le contrat de délégation de service public signé entre le SMABT et Bellova », ce syndicat mixte étant propriétaire de l'infrastructure. L'exploitant s'est engagé à respecter ce seuil seulement jusqu'en 2030, alors que la délégation court jusqu'en 2054. « Le public est en attente de garanties concernant l'absence de dépassement du seuil de 45 000 mouvements par an », écrit Augustin Ferté, qui appelle à une clarification des orientations au-delà de cette échéance et suggère la création d'une « communauté aéroportuaire » associant le SMABT et la communauté d'agglomération du Beauvaisis pour corriger les atteintes à l'environnement et à la qualité de vie.
Qualité de l'air et bruit sous surveillance
Le rapport relève que des études complémentaires demandées sur les particules ultrafines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les suies et les dépôts observés sur les habitations n'avaient pas été réalisées avant la consultation. « Les analyses et évaluations insuffisantes ou manquantes dans le cadre de l'étude d'impacts environnementale posent question », note le commissaire-enquêteur. S'il estime que le projet « ne génère pas de risque sanitaire chronique nouveau », il rappelle que les niveaux de fond de pollution dépassent les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et qu'une légère hausse locale du dioxyde d'azote est possible. Sur le bruit, il préconise une « aire d'étude intermédiaire » prenant en compte les communes situées au-delà du rayon de 5 kilomètres, actuellement limité aux seize communes les plus proches.
Riverains et entreprises, deux camps engagés
L'ADERA, principale association de défense des riverains, regrette une publication des conclusions « dans une relative confidentialité » et un silence qu'elle juge « assourdissant » de Bellova et du SMABT, qui n'avaient pas réagi au moment de la parution de l'article d'actu.fr. Son trésorier, Jean-Eric Ménard, estime que le rapport « valide toutes les positions » défendues de longue date par l'association, présidée par Claire Olivier. Celle-ci réclame désormais un équilibre fixé à 32 000 mouvements annuels maximum, en cohérence avec la stratégie nationale bas-carbone, des engagements de trafic « juridiquement opposables et contrôlables » et la mise à disposition publique des données brutes sur le bruit et la qualité de l'air. En face, le projet bénéficie du soutien affiché de 80 entreprises et associations du territoire, signataires de deux tribunes publiées pendant l'enquête.
La décision appartient désormais au préfet de l'Oise, dont le choix sur l'autorisation environnementale conditionnera la suite du chantier.



